Chapelle romane de Saint Vincent d’Agny (XI° siècle)

, par Brigitte

Le site de Saint Vincent à St Laurent d’Agny

 

Vue d’avion du site

Le site

Située à 480 m d’altitude, la petite chapelle romane qui se dresse sur un promontoire au pied des monts du Lyonnais faisait partie d’un hameau appelé successivement Dagniacus, Dagninus (noms dérivés du gallo-romain “dannius” et “danius”), puis Dagnins.

Au fil du temps, cette appellation s’est progressivement transformée en d’Aignins, puis en d’Agny au moment de la Révolution.

Pierres levées

L’histoire

Cette chapelle, construite sur un ancien lieu de culte celtique comme en témoignent des “pierres levées” à l’ouest et des “pierres à cupules” au sud, a été dédiée à Saint Vincent, patron des vignerons, car la colline sur laquelle elle se trouve était, autrefois, couverte de vignobles.

Elle est déjà citée comme Paroisse dès le 10e siècle dans la charte 340 du cartulaire de Savigny (Domum vineæ in Dagnino villa).

Paroisse mère jusqu’au 13e siècle, elle devient annexe de la paroisse de Saint-Laurent jusqu’à la Révolution.

En octobre 1364 elle fut profanée et saccagée par les “Tards venus” (c’est à cette époque que le clocher fut incendié, puis reconstruit), avant d’être réconciliée le 31 mars 1365 par le curé de Saint-Genis-Laval, mandaté par l’Archevêque de Lyon.

Inscrite à l’inventaire des monuments historiques le 7 juin 1926, elle est classée Monument Historique le 17 Août 1945, puis restaurée en 1956. Depuis le 1er juin 1991, elle fait partie du circuit des églises romanes.

La chapelle assise sur son mur de soutènement

Description

Normalement orientée à l’est (soleil levant), elle est plantée à la pointe extrème d’une plate-forme rocheuse.

Il a donc fallu asseoir son abside sur un gros de mur de soutènement orthogonal qui en accroît encore l’élan vertical.

La raison de cette implantation “extrême” est certainement la conséquence, d’une part de la présence, en cet endroit précis, d’un point d’eau indispensable aux rites religieux tant païens que chrétiens (ablutions, baptêmes...) et d’autre part de la croisée de courants telluriques à l’emplacement du chœur.

L’extérieur

Des contreforts, trois au nord, deux au sud (le troisième ayant été supprimé lors de l’ouverture du mur d’enceinte du cimetière en 1956), viennent compenser la poussée latérale de la voûte en plein cintre.

La porte d’entrée primitive, décentrée, est située sur la façade ouest. Elle est rectangulaire et surmontée d’un arc de décharge en briques soigneusement clavées. Après avoir été murée pendant un certain temps, elle a été rouverte en 1956.

Une seconde porte a été percée à l’extrémité gauche de la façade sud. Également rectangulaire, elle est couverte d’un linteau en bâtière surmonté d’un arc de décharge en plein cintre (visible aussi de l’intérieur), aux claveaux en briques et pierres blanches alternées et au tympan constitué d’un appareillage réticulé (en provenance de l’aqueduc du Gier). Cette ouverture a vraisemblablement été ménagée pour donner à l’époque un accès direct au cimetière jouxtant la chapelle au sud.

Depuis, celui-ci a été supprimé (réglementation du second Empire) pour laisser la place à une terrasse sur laquelle se trouve un banc en pierre du 18e siècle. On peut y accéder d’en bas, par un escalier en pierres de taille irrégulières.

Le clocher s’élève sur deux appentis latéraux qui permettent de passer du plan rectangulaire (barlong) de la travée au plan carré de la souche romane. Couvert d’un toit à quatre pans, il est éclairé sur chaque face par des baies géminées en plein cintre garnies d’abat-sons.

Il abrite deux cloches datées, l’une de 1624, l’autre de 1806, bénites par le curé Peyzaret le 25 Mars 1806.

On peut voir, sous le larmier, deux croix celtiques (rappel du culte primitif antérieur), situées de part et d’autre de l’arête sud-est.

L’intérieur

La nef a été, sans doute dès l’origine, voûtée d’un berceau en plein cintre qui serait l’un des plus précoces de la région lyonnaise. Celui-ci a nécessité l’épaississement des murs et la mise en place de piliers de soutènement. La poussée de la voûte est compensée de chaque côté par trois arcs de décharge.

La coupole du chœur repose sur les culs-de-four des trompes d’angle arrêtés sur des tablettes horizontales d’origine romaine (encore fréquentes à l’époque romane), permettant le passage du plan carré du transept à l’arrondi de la coupole.

L’abside semi-circulaire, sans arcature, est voûtée en cul-de-four (typique du roman primitif). Elle est éclairée dans l’axe par une fenêtre romane. Son dallage a été entièrement refait, en carreaux de terre cuite estampés de motifs anciens, lors des travaux de restauration de 1956 (sous la direction de Louis Mortamet, architecte en chef des monuments historiques), travaux rendus nécessaires par l’état de vétusté avancé de l’édifice.

La chapelle est éclairée par sept ouvertures : deux au nord, une à l’est, trois au sud et une à l’ouest (oculus). Elles ont été habillées de vitraux modernes réalisés et mis en place par Labouret à l’occasion de ces travaux.

Le mobilier

Il consiste en quatre statues :
- Notre Dame de Bonne Garde, (15e siècle, classée Monument Historique le 18 décembre 1958),
- Saint Vincent (début 17e siècle),
- Saint Abdon et Saint Sennen (fin 17e siècle),
- et en un Christ du 18e siècle situé au dessus du chœur.

L’autel actuel provient de l’église romane, (à l’époque en ruines), du bourg du vieux Montagny.

L’ancienne pierre d’autel est devenue la pierre de seuil de la porte sud.

AUJOURD’HUI

La chapelle est toujours un lieu de culte ; chaque année (le samedi après-midi le plus proche du 22 Janvier), la messe de la “Saint Vincent” y est célébrée.

Elle sert de cadre à certains concerts, au Printemps Choral avec des chorales “ A Cœur Joie”, et à diverses expositions.

Rédaction : Joël de Rouville.
Illustrations : Jean Beautemps et Joël de Rouville